Le 11 août 2026, une page se tourne. La loi n° 2025-594 du 30 juin 2025, votée à l'origine pour lutter contre les fraudes aux aides publiques, contient un article 13 qui inverse purement et simplement la logique du démarchage en France : il faudra désormais avoir dit oui pour être démarché, et non plus avoir pensé à dire non. Au même moment, la CNIL vient de publier sa recommandation sur les pixels de suivi dans les emails, ces traceurs invisibles qui signalent à l'expéditeur que vous avez ouvert son message.

Deux textes, un même mouvement de fond : le consentement préalable devient la norme, l'opposition a posteriori l'exception. Voici ce que cela change, pour les particuliers comme pour les entreprises qui prospectent.

Opt-in, opt-out : deux logiques opposées


Derrière ce jargon se cachent deux façons de concevoir la relation commerciale.

✅ Opt-in — le consentement préalable

Personne ne peut vous solliciter tant que vous n'avez pas donné votre accord, par un geste actif et sans ambiguïté : une case que vous cochez vous-même, jamais pré-cochée, pour une finalité clairement annoncée. Un consentement noyé dans des conditions générales ne vaut rien juridiquement.

✋ Opt-out — le droit d'opposition

La sollicitation est permise par défaut, et c'est à vous de manifester votre refus : lien de désinscription, inscription sur une liste d'opposition. C'était le principe de Bloctel pour le téléphone depuis 2016 — un dispositif qui avait largement montré ses limites.

Ce qui bascule le 11 août 2026


À compter de cette date, le démarchage téléphonique d'un particulier sans son consentement préalable devient illégal. Concrètement :

Une entreprise ne pourra plus vous appeler pour vous vendre quoi que ce soit, sauf si elle détient la preuve d'un consentement libre, spécifique, éclairé et univoque, recueilli avant l'appel. Ce consentement devra viser le démarchage téléphonique précisément — un accord global du type « recevoir des offres de nos partenaires » ne tiendra pas.

Une exception demeure : le professionnel avec lequel vous avez un contrat en cours pourra vous contacter pour tout ce qui touche à l'exécution de ce contrat. Votre assureur pourra vous appeler au sujet de votre contrat d'assurance ; il ne pourra plus en profiter pour vous proposer un placement financier.

Bloctel, devenu inutile, disparaît. Quand plus personne n'a le droit de vous appeler par défaut, une liste d'opposition n'a plus d'objet.

Le texte ne vise que les consommateurs. Entre professionnels, la prospection reste possible sur le fondement de l'intérêt légitime, à condition qu'elle soit en rapport avec la fonction de la personne contactée.

⚖️ Les sanctions sont dissuasives : jusqu'à 75 000 € d'amende administrative pour une personne physique et 375 000 € pour une société. La CNIL a par ailleurs montré qu'elle ne plaisantait pas sur la qualité du consentement : en avril 2024, elle a infligé 525 000 € d'amende à Hubside.Store pour avoir prospecté à partir de données achetées à des courtiers sans consentement valable.

Et les emails, dans tout ça ?


C'est le point qui surprend souvent : pour l'email, l'opt-in n'a rien de nouveau. Il est la règle en France depuis la loi pour la confiance dans l'économie numérique de 2004, codifiée à l'article L.34-5 du code des postes et des communications électroniques. Aucun email commercial ne peut en principe vous être adressé sans votre accord préalable. Le téléphone ne fait donc que rattraper, vingt-deux ans plus tard, le régime déjà applicable à votre boîte mail.

Deux exceptions font vivre l'opt-out dans l'univers de l'email :

Le client existant

Si une entreprise a collecté votre adresse à l'occasion d'un achat, elle peut vous adresser des offres portant sur des produits ou services analogues à celui que vous avez acheté — à condition de vous avoir informé de cet usage au moment de la collecte et de vous permettre de vous désinscrire dans chaque message. La CNIL a précisé en 2023 que « analogue » s'apprécie du point de vue du client : même catégorie d'usage, pas simplement même vendeur.

Le B2B

Une adresse professionnelle nominative peut être prospectée sans consentement préalable, pourvu que le message soit en lien avec la fonction du destinataire et qu'un lien de désinscription figure dans chaque envoi. Écrire au directeur des achats pour lui proposer un logiciel de gestion des fournisseurs est licite ; lui vendre un abonnement de salle de sport ne l'est pas.

📬 Dans tous les cas, chaque email commercial doit identifier clairement l'annonceur et offrir un moyen simple de dire stop. Un lien de désinscription qui ne fonctionne pas, ou qui exige de se connecter à un compte, met l'expéditeur en infraction.

Les pixels de suivi : le tracking des emails enfin encadré


Ouvrir un email n'est pas un geste aussi anodin qu'il y paraît. La plupart des messages commerciaux embarquent un pixel de suivi : une image invisible d'un pixel sur un pixel qui, au chargement, informe l'expéditeur que vous avez ouvert le message, quand, sur quel appareil, et parfois depuis quel endroit approximatif. Ces données alimentent ensuite le ciblage : relances programmées sur les « ouvreurs », pression commerciale ajustée, contenus personnalisés.

La CNIL a mis fin au flou le 14 avril 2026 en publiant sa recommandation sur les pixels de suivi, après une consultation publique lancée en juin 2025. Sa position est nette : mesurer le taux d'ouverture pour optimiser des campagnes, personnaliser les contenus ou moduler la fréquence d'envoi suppose le consentement préalable du destinataire. Le pixel relève du même régime que le cookie : pas d'accord, pas de traceur.

Une exemption a été retenue dans la version finale du texte : la mesure individuelle de délivrabilité des emails liés à un service que vous avez demandé. Une confirmation de commande, une alerte de sécurité ou un email de réinitialisation de mot de passe peut embarquer un pixel servant uniquement à vérifier que le message est bien arrivé.

Pour les adresses collectées avant la publication de la recommandation, les expéditeurs disposaient de trois mois — soit jusqu'à la mi-juillet 2026 — pour informer clairement leurs destinataires de la présence de pixels et leur permettre de s'y opposer facilement. Autant dire que l'échéance est immédiate.

Ce que vous pouvez faire dès maintenant


Côté particulier, quelques réflexes suffisent à reprendre la main :

Côté entreprise, l'été 2026 est celui de la mise en conformité : preuve du consentement à conserver pour chaque numéro appelé, bases email à auditer au regard des exceptions réellement applicables, et bandeaux de consentement à revoir pour y intégrer les pixels de suivi. Le coût de l'inaction se chiffre désormais en centaines de milliers d'euros.

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La loi encadre les futurs appels et emails — mais vos coordonnées circulent déjà chez les data brokers. Sheeldy envoie automatiquement vos demandes de suppression RGPD et surveille leur réapparition, en conformité totale avec le RGPD et la nLPD.

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Les dates clés à retenir


Chronologie des textes encadrant l'opt-in, l'opt-out et le tracking des emails
Date Ce qui s'applique
21 juin 2004 La loi LCEN impose l'opt-in pour l'email commercial (article L.34-5 du CPCE).
1er juin 2016 Lancement de Bloctel, liste d'opposition au démarchage téléphonique (logique opt-out).
30 juin 2025 Promulgation de la loi n° 2025-594 contre les fraudes aux aides publiques, dont l'article 13 réforme le démarchage.
14 avril 2026 La CNIL publie sa recommandation sur les pixels de suivi dans les emails : consentement requis pour la mesure d'ouverture.
mi-juillet 2026 Fin du délai de trois mois pour informer les destinataires existants de la présence de pixels et permettre l'opposition.
11 août 2026 Opt-in téléphonique obligatoire : démarchage interdit sans consentement préalable. Suppression de Bloctel.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre l'opt-in et l'opt-out ?
L'opt-in exige un consentement préalable : personne ne peut vous solliciter tant que vous n'avez pas donné votre accord par un geste actif (case cochée par vous-même, jamais pré-cochée). L'opt-out autorise la sollicitation par défaut : c'est à vous de manifester votre refus, par exemple via un lien de désinscription.
La loi du 30 juin 2025 interdit-elle aussi les emails publicitaires ?
Non. La loi n° 2025-594 vise le démarchage téléphonique. Pour l'email, le consentement préalable est déjà obligatoire depuis 2004 (article L.34-5 du CPCE), avec deux exceptions : les clients existants pour des produits analogues et la prospection B2B liée à la fonction du destinataire.
Bloctel sert-il encore à quelque chose ?
Jusqu'au 10 août 2026, oui : l'inscription sur Bloctel reste le moyen de s'opposer au démarchage téléphonique. À partir du 11 août 2026, le dispositif disparaît : le démarchage sans consentement préalable devient illégal par défaut, le silence vaut refus.
Une entreprise peut-elle savoir que j'ai ouvert son email ?
Techniquement oui, grâce aux pixels de suivi, des images invisibles qui signalent l'ouverture du message. Juridiquement, depuis la recommandation CNIL du 14 avril 2026, elle doit avoir recueilli votre consentement pour le faire, sauf pour vérifier la bonne délivrance d'un email transactionnel que vous attendiez (confirmation de commande, réinitialisation de mot de passe…).
Que risque une entreprise qui démarche sans consentement ?
Jusqu'à 75 000 € d'amende administrative pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale en matière de démarchage téléphonique illégal, sans compter les sanctions de la CNIL sur le terrain du RGPD : Hubside.Store a par exemple été condamnée à 525 000 € d'amende en avril 2024 pour prospection fondée sur des consentements non valables.
Comment retirer mes données des fichiers de prospection déjà constitués ?
Le RGPD vous donne un droit d'opposition (article 21) et un droit à l'effacement (article 17) que vous pouvez exercer auprès de chaque organisme détenant vos données, y compris les data brokers qui alimentent les campagnes de démarchage. Un service comme Sheeldy automatise ces demandes de suppression auprès des courtiers en données actifs en France et en Europe.

Sources officielles