Comment les data brokers obtiennent mes informations ?
Les data brokers établissent votre profil en collectant puis en recoupant des informations issues de plusieurs sources. Trois catégories sont particulièrement importantes : votre activité numérique, vos habitudes commerciales et les données accessibles publiquement. S'y ajoutent deux canaux moins visibles : le scraping des contenus publics et les échanges de fichiers entre courtiers.
Les cinq canaux de collecte
Le suivi numérique sur le web et les applications
Chaque fois que vous utilisez Internet, des cookies et différents traceurs peuvent enregistrer les recherches effectuées, les sites consultés ou encore certaines interactions.
Les applications mobiles gratuites, notamment les jeux ou applications météo, peuvent également collecter diverses informations en arrière-plan. Certaines récupèrent par exemple des données de localisation, des informations sur votre navigation ou votre carnet d'adresses, qui peuvent ensuite être exploitées à des fins commerciales.
Les achats et les programmes de fidélité
Vos achats constituent également une source importante de données. Utilisation d'une carte de fidélité, commandes en ligne, enregistrement d'une garantie produit ou abonnement à un magazine : toutes ces actions peuvent enrichir votre profil.
Certaines enseignes valorisent ensuite leurs fichiers clients, permettant de dresser un portrait très précis de vos habitudes et préférences de consommation.
Les informations publiées sur les réseaux sociaux
Les data brokers peuvent aussi utiliser le scraping, une technique automatisée permettant de récupérer les informations publiquement accessibles sur Internet. Profession indiquée sur LinkedIn, mentions « J'aime » sur Facebook, commentaires ou participations à des forums publics peuvent ainsi être collectés et regroupés.
Les registres publics et officiels
Selon les règles en vigueur dans chaque pays, certaines données publiques peuvent également être exploitées : listes électorales, informations cadastrales, annuaires téléphoniques, documents d'état civil ou encore informations relatives à la création et à l'existence d'entreprises.
Les échanges de données entre courtiers
Les data brokers ne se contentent pas de leurs propres sources. Ils peuvent également acheter ou échanger des bases de données entre eux afin de compléter les profils qu'ils possèdent déjà.
Le croisement de différentes informations peut, par exemple, permettre d'associer une adresse IP à un fichier téléphonique et ainsi relier une activité numérique à une personne identifiable.
Quels services alimentent concrètement ces canaux ? Applications gratuites, comparateurs de devis, jeux-concours, e-commerce, tests ADN ou médias financés par la publicité : le détail figure dans notre guide quels sites vendent mes données personnelles ?
Ce que le recoupement permet de déduire
C'est en combinant des milliers de données, parfois insignifiantes lorsqu'elles sont prises séparément, que ces entreprises peuvent tirer des conclusions beaucoup plus précises sur un individu.
- Déduction
- Situation financière
- Déduction
- Centres d'intérêt
- Déduction
- État de santé présumé
- Déduction
- Projets personnels
Ces conclusions ont une particularité : elles ne sont ni déclarées par vous, ni vérifiées, ni portées à votre connaissance. Une déduction erronée — un état de santé supposé à partir d'achats en pharmacie, un déménagement anticipé à partir de recherches immobilières — circule ensuite d'un acheteur à l'autre avec la même apparence de fiabilité qu'une donnée déclarative. C'est ce qui distingue le profilage d'un simple fichier client, et ce que le modèle des data brokers rend possible à grande échelle.
Alors, quelles mesures pouvez-vous prendre au quotidien ?
Aucune de ces mesures ne rend invisible. Prises ensemble, elles réduisent en revanche nettement le volume de signaux disponibles — et donc la précision des profils qui seront constitués demain.
- Refuser les traceurs non essentiels Sur les bandeaux de consentement, refusez tout ce qui n'est pas strictement nécessaire. Le refus doit être aussi simple que l'acceptation ; si ce n'est pas le cas, le site est en tort.
- Reprendre la main sur les applications Passez en revue les autorisations accordées : localisation, contacts, photos. Coupez celles qui ne sont pas indispensables au fonctionnement, désactivez l'identifiant publicitaire et désinstallez les applications inutilisées.
- Cloisonner ses achats Limitez les cartes de fidélité aux enseignes où le gain est réel, refusez la transmission à des partenaires lors de l'inscription, et utilisez une adresse email dédiée aux commandes pour isoler ce canal du reste de votre identité.
- Restreindre ce qui est public Sur les réseaux sociaux, repassez en privé ce qui n'a pas besoin d'être public : profession, employeur, ville, liste d'amis, publications anciennes. Le scraping ne récupère que ce qui est accessible sans authentification.
- Exercer ses droits sur ce qui a déjà été collecté Les mesures précédentes agissent sur l'avenir, pas sur les profils déjà constitués. Pour ceux-là, demandez l'accès puis l'effacement auprès de chaque courtier, au titre des articles 15, 17 et 21 du RGPD.