Guide — Les services qui monétisent vos informations

Quels sites vendent mes données personnelles ?

Une grande partie des services numériques gratuits repose sur la valorisation des données personnelles de leurs utilisateurs. Si certaines grandes plateformes ne vendent pas directement vos données brutes, elles permettent aux annonceurs de payer pour accéder à des audiences ciblées. D'autres sites et services vont plus loin en transmettant, louant ou vendant directement certaines informations à des data brokers et à d'autres entreprises.

Vue d'ensemble : qui monétise quoi, et sous quelle forme
Type de service Ce qui est monétisé Sensibilité
Grandes plateformes publicitaires L'accès à une audience, pas le fichier Diffuse
Applications mobiles gratuites Localisation, contacts, identifiants Élevée
Comparateurs et devis Le dossier complet, vendu comme lead Élevée
Jeux-concours, quiz, sondages Coordonnées pour le démarchage Moyenne
E-commerce et magasins Historiques d'achat Moyenne
Généalogie et tests ADN Données génétiques et familiales Élevée
Médias et sites d'actualité La navigation, en temps réel Moyenne
Publié le 30 août 2026 · Mis à jour le 30 août 2026 · Rédigé par l'équipe Sheeldy

Les sept familles de services concernées

Les grandes plateformes publicitaires

Elles constituent un cas à part : leur modèle ne consiste généralement pas à céder des fichiers, mais à garder la donnée et à faire payer l'accès à l'audience. L'annonceur décrit la cible qu'il veut atteindre, la plateforme la construit à partir de vos informations et diffuse le message.

Le résultat vous concerne autant qu'une revente : vous êtes profilé, segmenté et ciblé. Mais comme la donnée ne change pas de mains, la pratique échappe souvent à ce que l'on imagine derrière le mot « vendre ».

Le geste utile Passer en revue les paramètres publicitaires de votre compte et désactiver la personnalisation, puis demander l'accès à vos données pour voir les catégories qui vous ont été attribuées.

Les applications mobiles gratuites

Les jeux, applications météo ou petits utilitaires, comme les lampes de poche, peuvent collecter des informations qui ne sont pas toujours nécessaires à leur fonctionnement.

Localisation, contacts, identifiants du smartphone ou historique de navigation peuvent notamment être récupérés puis transmis à des sociétés spécialisées dans le profilage.

Le geste utile Revoir les autorisations accordées application par application, refuser la localisation en arrière-plan et l'accès aux contacts quand ils ne servent pas la fonction principale, désactiver l'identifiant publicitaire et désinstaller ce que vous n'utilisez plus.

Les comparateurs et sites de demande de devis

Les comparateurs d'assurance, de crédit ou de travaux demandent souvent des informations détaillées : revenus, situation familiale, besoins spécifiques, voire données relatives à la santé.

Ces informations constituent des leads, qui peuvent ensuite être commercialisés auprès d'entreprises susceptibles d'être intéressées, notamment des banques ou des assureurs. C'est la famille la plus rentable du secteur : un dossier complet et daté vaut bien davantage qu'une simple adresse email.

Le geste utile Ne renseigner que le strict nécessaire, décocher la transmission aux partenaires avant l'envoi, et conserver une capture du formulaire : elle servira de preuve si le démarchage démarre malgré un refus.

Les jeux-concours, quiz et sondages

De nombreux concours gratuits, questionnaires et tests de personnalité disponibles en ligne servent également à récupérer des informations personnelles.

Derrière un simple quiz comme « Quel animal êtes-vous ? » peut se cacher un dispositif destiné à collecter vos coordonnées afin d'alimenter des bases utilisées pour le marketing direct ou le démarchage.

Le geste utile Utiliser une adresse email dédiée à ce type d'inscriptions : le jour où le démarchage arrive, vous savez immédiatement d'où vient la fuite, et vous pouvez couper le canal sans toucher à votre adresse principale.

Les sites e-commerce et les magasins

Les achats réalisés en ligne ou en magasin génèrent une quantité importante de données. Certaines enseignes peuvent partager ou louer les historiques d'achat de leurs clients à des partenaires commerciaux.

Ces échanges peuvent notamment s'effectuer au sein de réseaux ou d'alliances regroupant plusieurs acteurs du commerce — ce qui explique qu'un achat chez l'un puisse déclencher une sollicitation chez l'autre.

Le geste utile Lors de l'inscription à un programme de fidélité, refuser explicitement la transmission aux partenaires ; sur les comptes existants, exercer l'opposition à la prospection, qui n'a pas à être motivée.

Les services de généalogie et les tests ADN

Les plateformes spécialisées dans la généalogie ou l'analyse ADN peuvent détenir des informations particulièrement sensibles.

Selon leurs conditions d'utilisation, certaines peuvent prévoir le partage de données génétiques, médicales ou familiales avec des organismes de recherche ou des entreprises du secteur des biotechnologies. Ces catégories relèvent de l'article 9 du RGPD : leur traitement suppose en principe un consentement explicite, distinct et révocable.

Le geste utile Relire la rubrique « partage avec des tiers » avant tout envoi d'échantillon, retirer le consentement à la recherche s'il a été donné, et demander la suppression du compte et de l'échantillon biologique, qui font l'objet de procédures distinctes.

Les médias et sites d'actualité gratuits

Lorsque vous acceptez les cookies sans modifier leurs paramètres, votre navigation peut être accessible à un grand nombre de partenaires publicitaires.

Les acteurs de l'AdTech peuvent ainsi collecter en temps réel des informations sur les pages consultées, vos centres d'intérêt et vos habitudes de navigation.

Le geste utile Refuser les traceurs non essentiels dès le premier écran. Le refus doit être aussi simple que l'acceptation : si le bouton « tout refuser » est absent du premier niveau, le site est en tort.
Le point commun de ces sept familles : aucune ne vous demande d'argent, et toutes ont pourtant un modèle économique. Quand un service gratuit n'affiche ni offre payante, ni commission, ni financement public, la valorisation des données est l'hypothèse la plus probable — et la politique de confidentialité est le seul endroit où le vérifier.

Vous souhaitez savoir comment limiter ou empêcher le partage de vos données ?

Les gestes proposés ci-dessus agissent service par service, et sur l'avenir. Ils ne suppriment pas ce qui a déjà été transmis : une donnée cédée à un partenaire y reste jusqu'à ce que vous en demandiez l'effacement, et souvent chez plusieurs acteurs successifs.

Deux démarches se complètent donc. Fermer les robinets d'abord : c'est l'objet de notre guide sur les canaux de collecte des data brokers, qui détaille les mesures à prendre au quotidien. Vider ce qui a déjà été accumulé ensuite : demande d'accès pour savoir qui détient quoi, puis effacement et opposition auprès de chaque acteur, au titre des articles 15, 17 et 21 du RGPD.

Commencez par le service qui vous a démarché. Si vous recevez des sollicitations sans savoir d'où elles viennent, une demande d'accès adressée à l'expéditeur l'oblige à révéler l'origine de vos coordonnées. C'est le fil à tirer : la réponse désigne l'acteur suivant à contacter.

Questions fréquentes

Les grandes plateformes vendent-elles vraiment mes données ?
Pas sous forme de fichiers bruts, en règle générale. Leur modèle consiste à conserver les données et à faire payer l'accès à des audiences : l'annonceur décrit la cible qu'il veut atteindre, la plateforme la constitue à partir de vos informations et diffuse le message. Vous restez profilé sans que la donnée elle-même change de mains, ce qui rend la pratique plus difficile à percevoir qu'une revente classique.
Un service gratuit vend-il forcément mes données ?
Non. La gratuité peut reposer sur d'autres modèles : financement par une offre payante, par des dons, par des commissions ou par un service public. Mais lorsqu'aucune de ces sources n'est identifiable, la valorisation des données est l'hypothèse la plus probable, et la politique de confidentialité est le seul endroit où le vérifier.
Qu'est-ce qu'un lead et pourquoi vaut-il si cher ?
Un lead est le dossier d'une personne ayant exprimé un besoin précis à un moment précis : un crédit, une assurance, des travaux. Il vaut bien plus qu'une simple adresse email parce qu'il combine une intention d'achat datée et des informations détaillées — revenus, situation familiale, parfois santé — qui permettent au démarcheur d'arriver déjà renseigné.
Les résultats d'un test ADN peuvent-ils être partagés avec des tiers ?
Cela dépend des conditions acceptées lors de l'inscription, qui prévoient parfois un partage avec des organismes de recherche ou des entreprises du secteur des biotechnologies. Les données génétiques et de santé relèvent des catégories particulières de l'article 9 du RGPD : leur traitement suppose en principe un consentement explicite, distinct et révocable, et non une simple case au milieu de conditions générales.
Comment savoir si un site partage mes données ?
Trois vérifications rapides : la politique de confidentialité, qui doit indiquer les catégories de destinataires ; la fenêtre de consentement, dont le lien « partenaires » révèle souvent des centaines de sociétés ; et, en cas de doute, une demande d'accès au titre de l'article 15 du RGPD, qui oblige le site à répondre sur les destinataires réels.
Refuser les cookies sur un site d'actualité change-t-il quelque chose ?
Oui, sur ce canal précis. Refuser les traceurs publicitaires empêche que votre navigation sur ce site alimente les enchères publicitaires en temps réel et les partenaires qui y participent. Cela n'a en revanche aucun effet sur les données que vous avez déjà transmises ailleurs, ni sur les fichiers constitués hors navigateur.
J'ai été démarché après un jeu-concours : que faire ?
Opposez-vous au traitement à des fins de prospection, au titre de l'article 21 du RGPD : cette opposition est absolue, n'a pas à être motivée, et doit être honorée. Demandez dans le même courrier l'origine de vos coordonnées, au titre de l'article 15 : la réponse vous indiquera qui les a revendues, et donc à qui adresser la demande suivante.

À lire ensuite

Sources et méthodologie Contenu pédagogique rédigé par l'équipe Sheeldy, éditeur d'un service d'effacement de données personnelles. Les sept familles décrites sont des catégories de services : aucune entreprise n'est nommée, et la description d'une famille ne préjuge en rien des pratiques d'un acteur particulier, qui peuvent être conformes comme non conformes. La colonne « sensibilité » du tableau de synthèse est une appréciation éditoriale fondée sur la nature des données en jeu — les catégories particulières de l'article 9 du RGPD (santé, génétique) justifiant le niveau le plus élevé — et non sur un classement des entreprises. Cadre juridique cité : Règlement (UE) 2016/679, articles 9, 15, 17 et 21, et ressources de la CNIL sur les cookies et autres traceurs et la prospection commerciale. Ce contenu a une vocation d'information générale et ne constitue pas un conseil juridique. Une erreur, une précision à apporter ? Écrivez à contact@sheeldy.com.